LES NOCES ROUGES

Notre histoire se noue sur la Place Rouge, sous les ors majestueux du Kremlin.Une troupe tzigane en a pris possession.Les fiers enfants du feu, dont les danses crépitent, bondissent sur la place au son du tambourin.

Ô rouge fer de la passion ! Surtout ne pas plonger dans le regard de braise d'une incandescente tzigane.On n'a jamais donné impunément son cœur à un volcan…

Pourtant, le plus convoité des danseurs tziganes a prêté serment ; serment d'amour et de fidélité à la plus belle, à la plus fière, la plus ardente des flammèches de son clan. Ainsi, pour le peuple du feu, l'union d'amour est-elle scellée par un premier pacte d'honneur.

Cependant, au spectacle, une foule se presse.

Soudain, c'est une apparition : parmi les jeunes russes aux danses hiératiques, il en est une dont le tzigane ne peut détacher son regard. Elle a la pureté de la neige, sa candeur, son absolue virginité. Oublié le serment à l'amante tzigane ! Oubliée la promesse de fidélité ! Et le cœur bohémien de cet homme palpite, sublimé par la grâce de la jeune beauté russe…

Mais déjà l'ombre rouge s'étend sur notre histoire. L'ombre de la trahison, l'ombre rouge de la jalousie.On n'a jamais donné impunément son cœur à un volcan…Comment la grâce échapperait-elle au rouge fer de la passion ?Voici venu le jour des noces du tzigane et de la jeune russe. La neige au feu s'unit, alliance téméraire. Un serment chasse l'autre. Une parole se renie.

Et justement…

Quelle est cette ombre mauve qui rôde et se torture dans le fond de l'église ? Quelle voix se déchire ainsi parmi la joie ?

C'est la fière tzigane blessée, à qui l'amant s'était promis. C'est cri de l'amour repoussé et trahi. C'est le volcan qui hurle sa douleur extrême et crache sa haine à la neige.

Rouge, le fer de la passion, nous l'avions dit.

Rouges, les noces de l'amour sur l'autel de la jalousie…

Thierry Cohard